Presse alternative : à Rennes, le fanzine est roi
Des pages reliées avec des agraphes, souvent imprimées à l’arrache, en couleur ou en noir et blanc, noircies de dessins et/ou de textes… Le fanzine semble faire son retour sur le devant de la scène grand public, en témoignent les tutoriels qui inondent TikTok pour apprendre à en fabriquer.
Pourtant, dans le milieu punk, le fanzine - ou juste zine - n’est jamais vraiment parti. Issue de la contraction de « fan » et de « magazine », cette publication papier, le plus souvent auto-éditée de façon artisanale et parfois dans des caves, occupe une place de choix à Rennes.
Héritage punk
Samedi 22 février, au Jardin Moderne, une vingtaine de fanzines étaient représentés lors des quatrième Rencontres du fanzinat et de la presse alternative, dont ceux de Zinzinerie, un autre festival du genre dans la capitale bretonne. « D’année en année, ce rendez-vous a évolué et de nouveaux passionnés viennent de toute la Bretagne », se réjouit Vincent Bride, punk au crâne tatoué, créateur des Rencontres et de l’association Mass prod.
« Le plus souvent, ce sont des gens issus du rock ou du monde de la BD, qui peuvent aussi présenter des créations politisées. Le fanzine peut-être une aventure individuelle ou collective, artistique ou rebelle, être édité à 3 ou 3 000 exemplaires », poursuit le « fanzineux » qui édite avec une dizaine de copains l’historique Punkulture.
« Il est certain que le fanzine se propage dans la culture et prend des expressions variées. À Rennes, il est arrivé dès la fin des années 1970 avec la scène punk, très forte ici, et il continue de proliférer. »
Expression libre
Pour Vincent, ce média papier garde sa place malgré l’émergence des webzines. Léna (1) partage cet avis. Installé·e à Rennes depuis trois ans, iel a cofondé le collectif Citerne en 2018 ; une maison de micro-édition de fanzines, imprimés en risographie.
« Il y a quelques années, dans certains milieux, le zine avait tendance à devenir un objet élitiste qui flirtait avec l’art contemporain. Mais à Rennes, une ville de gauche, il est resté un espace d’expression alternatif pour les artistes et les militants. »
Parce qu’il suffit d’avoir une thématique, du papier, une imprimante et une agrafeuse, le fanzine est un endroit d’expression accessible et libre. « Fanziner » pour faire connaître des groupes de musique, philosopher, revendiquer ou gueuler, qu’importe : « Même avec peu de moyens, on a peu, voire pas, de limites. » Tout part du ou des créateurs.
C’est ce qui plaît à Léna : « Le fanzine est un endroit politique. Chez Citerne, on s’en sert pour créer en collectif, expérimenter des formats bizarres et raconter des histoires critiques, engagées et ancrées. » Partout dans le monde, des fanzines existent. Néanmoins, tous n’ont pas la même liberté d’expression qu’en France.
(1) Iel n'a pas tenu à communiquer son nom de famille.
Photo : Merlin et Léna, fondateurs du collectif Citerne, une maison d'édition de fanzines, au Off d'Angoulême. Crédit photo : Citerne.
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