Nicolas Legendre décroche le prix Albert Londres du livre
Le journaliste pigiste breton a obtenu lundi soir la plus haute distinction du journalisme francophone : le prix Albert Londres dans la catégorie livre pour son enquête Silence dans les champs, publié en avril dernier.
Silence dans les champs vous a valu des attaques virulentes de la part d’associations de l’agro-industrie bretonne ; et ce prix Albert Londres récompense justement la qualité de cette enquête. Comment vous sentez-vous ?
Je suis très fier, c’est un honneur de recevoir cette distinction. À la sortie du livre, certains élus et représentants du lobby agro-industriel ont torpillé cette enquête, ces réactions sont symptomatiques d’un débat difficile à porter sur l’espace public. Ceux qui ont lu le livre se sont bien rendu compte que ces argumentaires étaient fumeux. Là où le prix Albert Londres est intéressant c’est qu’il fait vivre et nourri le débat sur les enjeux agricoles en Bretagne alors que globalement les décideurs publics ne s’en sont pas emparés.Ce prix va permettre au livre de continue rà vivre, de trouver de nouveaux lecteurs, en particulier des agriculteurs.
Vous êtes trois lauréats du prix Albert Londres, vous dans la catégorie livre, Wilson Fache pour la presse écrite, Hélène Lam Trong pour l’audiovisuel. Aucun d’entre vous ne travaille en rédaction. Auriez-vous pu faire cette enquête en étant en rédaction ?
Non, ça n’aurait pas été possible. Il y a une poignée de journalistes en France qui sont salariés d’une rédaction qui peuvent se permettre de travailler au long cours mais c’est hyper rare. C’est le statut de pigiste qui m’a permis de trouver l’équilibre entre le temps, l’argent et les débouchés de l’enquête pour pouvoir me lancer. Ça a été possible car j’ai une assise, des sources de revenus et une situation familiale stable, ça aide. Je ne vois pas comment j’aurais pu faire ce travail, deux ans à temps plein, si je n’avais pas été pigiste.
Il peut sembler paradoxal qu’un pigiste, soumis à une forte précarité, atteigne les sommets du journalisme. Quelle est votre recette ?
Le culot. Il ne faut pas hésiter à frapper à toutes les portes et à insister. En France, les pigistes ne sont pas bien traités, pas bien considérés, ni bien payés. On peut se fédérer, dans des associations comme Profession : Pigiste, pour changer cela. Et en attendant, nous n’avons pas d’autres choix que de nous imposer, nous rendre indispensable et tenter des choses, comme des enquêtes au long cours.
Nicolas Legendre est membre du Club de la Presse de Bretagne depuis de nombreuses années, il collabore notamment avec Le Monde, Géo ou XXI. Il a été un des premiers lauréats du prix Objectif plume en 2018 pour son reportage « Kazakhstan, Les mystères d’un géant » publié dans Géo.
Découvrez le photo reportage de Nicolas Legendre pour l’exposition nomade Report’Image #2
Propos recueillis par Julie Lallouët-Geffroy
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